Pourquoi votre cerveau sabote vos meilleures décisions ? 3/3
Vous avez clarifié les mots. Vous avez remis l'info en contexte. Vous comprenez mieux.
Et maintenant ?
Maintenant, il faut décider. Et c'est là que votre cerveau va vous trahir.
Ce que vous allez comprendre : comment on se sabote sans s'en rendre compte — et comment arrêter.
Mon cas
Quand j'ai lancé ce projet — Culture Générale pour Comprendre — j'avais une conviction claire : rendre accessible des savoirs complexes.
J'ai passé des concours, préparé la culture gé. Je me suis avalé des pavés de concepts, d'auteurs imbuvables. Et je m'étais fait une promesse : faire comprendre tout ça, simplement. Comme si on se parlait, vous et moi, dans la rue ou autour d'un café. Parce que finalement, ça nous concerne tous.
Dans mon esprit, c'était très clair. Les contours, l'esprit étaient clairs.
Mais dans la pratique, c'est là que ça s'est corsé.
J'ai fait exactement l'inverse.
Mes premiers articles ressemblaient à ce que j'avais lu pendant vingt ans. Des structures en I, I.1, I.2, II. Des citations académiques. Des grilles à cinq prismes. Du sérieux. Du dense. Du très lourd — dans tous les sens du terme.
Pourquoi ? Parce que c'était mon cursus. Ma formation. Parce que j'avais appris que c'est comme ça qu'on apprenait.
On préfère ce qu'on connaît. On reproduit ce qu'on a toujours fait — même quand ça ne marche pas.
Le psychologue Daniel Kahneman l'a démontré : changer demande un effort, rester demande juste... de ne rien faire. Alors on reste.
Le piège du « c'est sûr, c'est comme ça qu'il faut faire »
Le pire ? C'est que plus je travaillais mon sujet, plus je produisais du contenu, des sources, des aspects que je découvrais par moi-même et que personne n'avait mis en relief à ma connaissance.
Je me disais : « Ah ouais, là j'apporte une vraie valeur. »
Je me confortais dans l'idée que ce que je faisais était bon — peu importaient les résultats réels.
On cherche ce qui confirme ce qu'on croit déjà. On ignore ce qui contredit.
Kahneman encore : « Notre cerveau n'aime pas l'inconfort du doute. Il préfère une certitude fausse à une incertitude vraie. »
La morale ? Statu quo (je fais ce que j'ai toujours fait) + confirmation (je ne vois que ce qui me rassure) = la garantie du crash en klaxonnant.
Le paradoxe
Le projet s'appelait « Culture Gé pour Comprendre ». Pas « Culture Gé pour Briller ». Pas « Culture Gé pour Accumuler ».
Mais je produisais du contenu pour briller. Pour montrer que je maîtrisais. Pour rassurer — moi, pas le lecteur.
Le message disait « accessible ». La forme disait « académique ».
Et personne ne me l'a dit. Parce que ceux qui lisaient étaient comme moi : déjà convaincus par ce format.
Ce qui m'a débloqué : l'inversion
Charlie Munger, l'associé de Warren Buffett, a une règle : « Inversez, toujours inversez. »
Au lieu de demander « Comment réussir ? », demandez « Qu'est-ce qui causerait l'échec ? »
Je me suis posé la question : qu'est-ce qui ferait fuir Léa — ma lectrice cible ?
La réponse était sous mes yeux. Les structures en I.2.3. Les citations en bloc. Les grilles théoriques. Tout ce que j'avais empilé.
Léa ne veut pas un cours. Elle veut comprendre sans se sentir idiote. Elle veut des prises, pas des démonstrations.

L'intuition savait
Gary Klein — Psychologue
Il a étudié les décisions des pompiers en situation de crise. Il a découvert que certains sentaient le danger avant de pouvoir l'expliquer.
Un chef d'équipe a ordonné l'évacuation d'une maison en feu sans raison apparente. Quelques secondes plus tard, le plancher s'effondrait.
Son intuition avait capté des signaux — la chaleur anormale, le silence des flammes — que son cerveau rationnel n'avait pas encore traités.
Moi aussi, quelque chose coinçait. Je le sentais. Mais je n'écoutais pas. Je me disais que c'était de l'insécurité. Que le doute était l'ennemi.
Alors pour ne pas douter, j'en rajoutais.
Au final, j'écrivais pour me rassurer, pas pour expliquer à Léa.
Trois réflexes avant de décider
Quand vous êtes sur le point de trancher — un projet, un job, un choix de vie — posez-vous trois questions :
Le biais de confirmation nous pousse vers ce qui nous rassure. Cherchez l'inverse. Qu'est-ce qui contredirait votre intuition ?
Le statu quo est confortable. Mais confortable ne veut pas dire efficace.
Avant de foncer, listez ce qui ferait tout rater. Vous verrez souvent que vous étiez en train de le faire.
C'est voir clair sur ce qui vous aveugle.
C'est le triptyque. Pas une méthode miracle — une hygiène de pensée.
Le reste, c'est à vous de jouer.
